« Nous serons sereins cette nuit là encore »

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«Un récit de naissance» écrivait Jean-Luc Lagarce à propos de «L’apprentissage» et «Le bain», condensé d’une remarquable beauté des rapports entre l’amour, la maladie et la mort.

«Nous serons sereins cette nuit là encore» s’appréhende à travers ces deux récits comme le cheminement d’un sens nouveau à donner à la vie dans son rapport au monde et à la mort

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L’apprentissage et Le bain


«L’Apprentissage» est un récit de renaissance dans lequel Jean-Luc Lagarce raconte à la première personne le retour à la vie après une plongée dans le coma, la redécouverte des sens (l’ouïe, la vue, la parole…) jusqu’à la première sortie de l’hôpital. Comme pour Le bain,la dimension autobiographique de ce monologue est manifeste. A voix basse, peut-être. Ou même simplement murmurés, car ils évoquent tous les trois des expériences très intimes.
«Le bain» nous fait partager les retrouvailles de deux anciens amants dont l'un est très gravement malade, au corps ravagé, désiré autrefois, aimé encore car c'est encore d'amour qu'il s'agit, éphémère à l'approche de la mort. « On prend un long bain, lui, posé sur moi comme un enfant malade, son corps superbe en train de se défaire. On dort enlacés. C'était comme le bonheur le plus grand, aujourd'hui, le souvenir que je garde, c'était comme le bonheur le plus grand d'être si paisibles et le désespoir encore de savoir qu'on se quitte. »

Ces deux récits dépassent le cadre de la maladie pour atteindre un sujet plus universel: la liberté qui se voit réduite à mesure que le corps cède face à la maladie, la souffrance et la mort. Aux récits d'expériences profondément intimes et personnelles, l'extrême précision de l'écriture de Jean-Luc Lagarce confère une forme de distance, de pudeur; l'apparence de la sérénité sous laquelle se devine encore et toujours, la violence des retours et celle des adieux.

Nous naviguerons alors, portés par une scénographie du corps inédite, entre légèreté de la pitrerie et le profond désarroi de l’inéluctable.
 
«L’apprentissage» et « le bain » nous offrent chacun, et à leur manière, un sens inédit à donner à la vie… Pour ne pas sombrer dans l’abîme, chacun (le spectateur) doit y définir son propre rapport au monde :
 
« Désolé pour la tendresse des autres, (…), mais la tendresse est terrible, elle vous fait vous abandonner. »  J.L. Lagarce
 

Choisir une comédienne pour un texte qui a priori s’adresse à un homme, c’est exprimer ma volonté de centrer à tout prix mon travail sur l’écriture et le propos universel du texte. Le choix de ces deux récits, très intimes et biographiques, ne peut indéniablement faire l’impasse de l’implication de l’homme qu’était Jean-Luc Lagarce dans le privé. Je voulais à tout prix éviter le danger d’une incarnation, d’une Re-présentation et prendre une large distance entre l’homme et l’auteur et son texte.
Je connaissais la nécessité de présenter sur le plateau un personnage presque nu  physiquement et psychologiquement sachant que le propos interdisait l’érotisation du corps.
La voix, le visage, la constitution anatomique du corps de Nathalie Grauwin répondent à ces objectifs. (D’autant que les choix scénographiques de mise en scène et de costume, contribuent à gommer toute érotisation de corps, et renforcer la pudeur qui l’accompagne.)
 
J’insiste sur l’importance et la nécessité d’une grande générosité et don de soi, son corps et son être, dans l’élaboration scénique de ces deux textes, et du respect de son auteur, qui lui même, totalement et d’une façon rare, était fortement impliqué dans son œuvre artistique.

Il était important de gommer le réalisme des espaces du récit (lieux de l’hôpital, appartement, baignoire) au profit d’un espace unique et symbolique représentant l’univers intime et  des sensations propres au personnage, de son chemin personnel parcouru dans le deuil de soi même et l’éveil à la vie : Cycle : Mort, éveil, prise de conscience, deuil du passé, vie.

Anne-Marie Chanelière



«  Ce qui me fascine dans son œuvre, c'est qu'elle touche des endroits de l'indicible. Ce qui rend le public captif, c'est qu'il parle de choses qu'on ne peut pas écrire. Il y a chez lui un mystère de l'écriture théâtrale, dont il n'était pas tout à fait conscient. Les sens s'ouvrent au moment du jeu, dans une grande énergie de la parole. »


François Berreur



A reçu le soutien DRAC Franche Comté, le Conseil Régional de Franche Comté, le Conseil Général du Jura (39), la ville de Lons-le-Saunier
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Résidence de création : Petit théâtre de la Bouloie à Besançon (25)
Avec le soutien de la ville de Montreuil (93) où il a tété présenté